La Génération Z lâche la démocratie en Europe : personne n’avait vu venir ce tsunami politique.
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Par Abderrahmane •
© Morad Cherchari
Pendant des décennies, les Européens ont cru que la démocratie était un acquis intouchable, un pilier solide de leurs sociétés modernes. Mais une fracture inattendue s’ouvre sous leurs pieds : la Génération Z, ces jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, se détache progressivement du système démocratique traditionnel. Ce détournement n’a rien d’un mouvement idéologique organisé, ni d’une révolte spectaculaire. Il ressemble plutôt à une désaffection froide, silencieuse, qui avance sans bruit mais dont l’impact pourrait redessiner le paysage politique européen.
Ce recul n’est pas un rejet des valeurs démocratiques elles-mêmes — liberté, droits, égalité — mais un rejet de la manière dont la démocratie fonctionne aujourd’hui en Europe. La Génération Z exprime une frustration croissante envers des institutions qu’elle juge lentes, déconnectées et incapables d’agir avec l’urgence que demandent les crises actuelles. Pour beaucoup de jeunes Européens, voter ne change plus rien.
Les partis traditionnels se ressemblent, les promesses se répètent, et les débats semblent figés tandis que le monde accélère et devient plus instable. Le sentiment dominant est celui d’un décalage profond : les dirigeants parlent une langue politique qui ne correspond plus aux préoccupations concrètes de la jeunesse, qu’il s’agisse du climat, du logement, du coût de la vie ou de la santé mentale.
Cette impression d’être ignorés ou relégués à la marge nourrit une lassitude qui, peu à peu, se transforme en désengagement, voire en défiance ouverte envers un système qui paraît trop lourd, trop lent et trop déconnecté des réalités du XXIᵉ siècle.
Une génération qui n’est pas apolitique : un paradoxe européen
Ce glissement se manifeste dans les élections européennes récentes : abstention record chez les moins de 25 ans, montée de mouvements alternatifs, attrait croissant pour des figures radicales — de droite comme de gauche — qui promettent de « casser le système ». Cela ne signifie pas que les jeunes Européens rêvent de dictature. Mais certains se tournent vers des solutions plus autoritaires, d’autres vers des modèles technocratiques, et une partie commence à imaginer une gouvernance automatisée où l’intelligence artificielle remplacerait les institutions qu’ils jugent inefficaces.
Le paradoxe, c’est que la Génération Z n’est pas apolitique. Au contraire, elle est extrêmement engagée — mais selon ses propres règles. Elle s’implique dans les causes environnementales, dans les luttes sociales, dans les mobilisations pour les droits humains, dans des mouvements transnationaux qui dépassent les frontières européennes. Elle rejette les partis, mais pas les valeurs. Elle rejette les institutions, mais pas l’action. Elle refuse la forme, pas le fond.
Un fossé générationnel qui menace la démocratie européenne
La crise que traverse l’Europe n’est donc pas seulement politique ; elle est culturelle, psychologique et générationnelle. Elle révèle un fossé entre une jeunesse qui réclame des résultats immédiats et des institutions conçues pour fonctionner lentement, méthodiquement, parfois douloureusement. Si l’Europe ne parvient pas à adapter ses structures, à parler le langage de l’efficacité, de la transparence et de la proximité, elle risque de perdre l’adhésion de toute une génération.
Le tsunami politique n’est qu’à ses débuts. La vraie question est désormais la suivante : la démocratie européenne saura-t-elle évoluer assez vite pour retenir une jeunesse qui, chaque année, glisse un peu plus entre ses doigts ?
